L’autonomie, est-ce seulement « savoir-faire » ou aussi « se sentir responsable » ?
08 avril 2026
08 avril 2026
C’est vendredi, le week-end approche. Caroline, 19 ans, s’apprête à quitter l’IME pour un séjour prolongé chez elle. Lorsque elle m’annonce qu’elle doit récupérer son pilulier à l’infirmerie, je lui glisse un conseil qui me semble naturel : « Pense à vérifier si tu as bien tes médicaments pour les trois jours. »
La réponse tombe, cinglante, sans l’ombre d’une hésitation :
- « Ben non, c'est le boulot de l'infirmière ! »
Sur le moment, le silence s'installe. Caroline ne cherche pas à provoquer ; elle exprime une certitude profonde. Pour elle, le soin appartient à l’institution, pas à son propre domaine de vigilance.
Caroline est ce qu’on appelle une jeune femme « autonome ». Elle maîtrise ses déplacements, gère ses loisirs et ses gestes du quotidien. Pourtant, face à son projet de vie (intégrer un ESAT, obtenir un logement individuel à moyen terme) un fossé apparaît.
Ce constat est troublant : on peut savoir cuisiner, prendre le bus ou laver son linge (le savoir-faire) sans pour autant se sentir investi de la responsabilité de sa propre vie (le savoir-être acteur).
La réaction de Caroline me renvoie à une réalité complexe de mon métier : l'assistance passive.
À force d'être accompagnés, protégés et entourés par des professionnels (éducateurs, infirmiers, assistants sociaux), certains jeunes finissent par intégrer que l'organisation de leur propre vie est la "mission" des autres.
Si l’infirmière prépare le pilulier, pourquoi Caroline devrait-elle vérifier ? Dans son esprit, la responsabilité ne se partage pas : elle est déléguée.
Cette anecdote nous rappelle que l'autonomie ne se gagne pas uniquement par la répétition de gestes techniques. Elle se joue aussi dans la psychologie :
Le passage du statut d'usager à celui d'habitant : Dans un logement, personne ne vérifiera le pilulier à notre place.
La conscience du besoin : Comprendre que le médicament n'est pas une contrainte administrative, mais un besoin de santé personnel.
L'autodétermination : Sortir du « faire pour » pour arriver au « décider de ».
Est-ce qu'une étape nous a échappé dans l'accompagnement ? Pas forcément. Mais cela souligne l'importance de travailler la posture.
L'autonomie est un ensemble. Une fiche pédagogique apprend à brosser les dents ou à prendre le bus, mais c'est le dialogue et la mise en situation de responsabilité qui apprennent à devenir l'architecte de son quotidien. Le défi pour nous, éducateurs, est de savoir s'effacer progressivement pour laisser la place à cette conscience d'adulte, même quand cela bouscule les habitudes de l'institution.
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